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DE LA SEPTIMANIE AU XXème SIECLE

FITOU, pays d'invasion

La  partie  de  la  province   qui  correspond aux  départements des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, du Gard et de l’Hérault  devient  la Septimanie en  419.  Fitou  est  donc  comprise dans  cette  partie  de territoire et va donc  subir  le contrecoup des événements qui vont s’y succéder. La langue  parlée  était  la langue  romane  où le « oui » était prononcé « oc » ce qui  a donné  la langue  d’oc et bientôt le nom  de  la  province   «  Languedoc  »  dont   l’usage   se généralisa surtout  à partir du 13ème  siècle.

En  508  Gondebaud, roi des  Bourguignons prend  la ville  de Narbonne  qui  dès  509  est reprise  par Ibas. En 511  les  Goths  et les Wisigoths choisissent cette  même  ville  pour capitale  de  leur  royaume.  En  531, Narbonne  et  sa région sont  le  siège  d’une  bataille entre  Childebert 1er, fils de Clovis  roi de Paris  et Amalric roi des Wisigoths qui  avait épousé  une  fille  de Clovis. Vaincu,  Amalric  mourut  en  cette  même  année  et Narbonne fut livrée au pillage.  En 582 puis en 584, la peste  décime  la région  Narbonnaise. En 673, la ville de Narbonne  est assiégée par Wamba roi des Wisigoths d’Espagne.  En 711, c’est la fin du royaume  de ces Wisigoths.

La région  de Septimanie en  général  et la région  de Narbonne  en  particulier eurent  à souffrir des nombreuses incursions des Sarrazins. Ceux   là même qui en 720 apportèrent la lèpre  qui y causa d’énormes ravages et ce jusqu’en  1550.  Une  léproserie fut même  installée à Fitou  à l’ancien  établissement hospitalier romain  du Pla. A partir de 1550  elle  diminua  sans  cesse  pour  disparaître  entièrement en 1624.  La chapelle de Saint-Aubin remplaça  la léproserie ; les habitants s’y rendant  en pèlerinage.

C’est en 720 que le général  Sarrazin  Zamo s’empara de Narbonne  dont  les habitants furent massacrés . Le  duc d’Eudes  infligea  une  défaite  aux sarrazins  à la première  bataille  de  la Berre aux environs  de Sigean en 721 et délivra Narbonne. Charles Martel fini par les écraser en 732 à la deuxième bataille  de la Berre à Sigean. En 739, la Septimanie se soumis  à Pépin et à Charlemagne. En 822, Charles  le Débonnaire donne  à l’abbaye d’Aniane  le bénéfice des Salines situées dans  le  comté  de  Narbonne  sur  les  côtes  de  la méditerranée. En  1018,  les sarrazins  reviennent faire le siège  de Narbonne, après avoir débarqué  sur les côtes.  Ils sont défaits  et se retirent  définitivement en Espagne.

Pour  l'européen du  Moyen-Age, le  sarrazin  est  surtout  le  guerrier  musulman. Celui  que Charles  Martel repousse à Poitiers  . Celui  que Charlemagne va combattre en Espagne  dans l'expédition qui verra la mort de son  neveu  Roland.  Quant  ils arrivèrent  en terre sainte,  les chevaliers chrétiens eurent  à combattre des guerriers sarrazins  plus légèrement armés, plus rapides  et surtout  plus habitués qu'eux aux rigueurs  du climat  oriental. Combattant souvent à cheval  et par petits  groupes,  les sarrazins,  armés  de javelots,  de sabres  et d'arcs harcèlent les lourds croisés  peu mobiles, infligeant de lourdes  pertes.

LA SEPTIMANIE : origine du nom

La Septimanie

C'est grâce à une lettre de l'évêque "gallo-romain" Sidoine Apollinaire, datée de 472 (SIDOINE, Lettres, livre III, I, 4), que l’on trouve pour la première fois dans l’histoire citée l'expression « ma Septimanie ». Sidoine Apollinaire, (Caius Sollius Sidonius Apollinaris) vécu du 5 Novembre 430 au 21 Août 483.Sidoine a laissé 147 lettres et vingt-quatre poésies qui nous sont parvenues et qui furent admirés jusqu'à la Renaissance pour la qualité de la langue latine.

  

On désignait alors par Septimanie, l'ancienne province Gallo-Romaine (Narbonnaise première) occupée par la Septième légion romaine, ce nom pouvant aussi provenir des sept villes qui furent attribuées en garnison à cette légion, savoir : Toulouse, Béziers, Nîmes. Agde, Maguelone, Lodève et Uzès.La province Narbonnaise était la plus importante des 7 provinces romaines, elle fut gouvernée sous les Romains jusqu'à la fin du IVe Siècle par un proconsul, Narbonne devint alors le siège d'un président qui succéda au proconsul. 

 

Contrairement à ce que certains prétendent, les sept villes de garnison n'étaient pas toutes, à cette époque, le siège d'un évêché. Magelone ne le sera qu'au VIe siècle.  Pour valider leur argumentation les actuels locataires de l'hôtel de Région nous donnent en référence une autre liste de villes pour définir l'ancien territoire de la Septimanie :Elne, Agde, Narbonne, Lodève, Béziers, Maguelone et Nîmes.Ces limites colleraient, d'après eux, beaucoup plus précisément à une réalité géographique que celles des deux anciennes régions "Languedoc et Roussillon".Nous remarquons que, Elne, est proposée en « remplacement » de Toulouse de façon "cavalière". Son évêché ne sera fondé qu’au VIe siècle… bien après le récit de Sidoine Apollinaire.

  

Les deux hypothèses ne sont pas évidentes, les raisons du nombre sept resteront certainement pour toujours une énigme, pous se faire une idée sur ce qu'était la Septimanie dans la tête de Sidoine Apollinaire remontons le cours de l’histoire... tout dépend de l'époque à laquelle nous faisons référence... La Narbonnaise Romaine comprenait bel et bien Toulouse, mais fin 418 ou début 419, les wisigoths alors en Espagne passent les Pyrénées et s'emparent du Toulousain, de l'Agenais, du Bordelais, du Périgord, de la Saintonge, de l'Aunis, de l'Augounois et du Poitou. Plus tard en 462 Narbonne et une grande partie de la Narbonnaise sera cédée aux Wisigoths par l'empereur Severe.

   

La Septimanie Gallo-Romaine est quasiment démembrée en 472, période de la lettre d'Apollinaire. Ce dernier, évêque de Clermont, se trouvait seul dans sa province les autres évêques étant déjà sous la domination Wisigothe.L'année suivante, Clermont est assiégée par les Wisigoths, la ville est défendue par les Bourguignons et ses habitants avec le soutien actif de leur évêque. Sur le point de se rendre ils sont sauvés par le général Ecdice, (fils de l'Empereur Romain Avitus, et par conséquent beau frère de Sidoine Apollinaire), qui trouve le moyen de pénétrer dans la ville à travers les lignes Wisigothes, ces renforts obligeant Euric, leur chef, à lever le siège. 

 

En 452 Sidoine Apollinaire, rend visite à Tonance Ferréol ancien Préfet des Gaules probablement natif de Nîmes, des lettres nous narrent des moments passés ; une précision, la région n'est pas encore occupée par les Wisigoths :

« Ferreol faisoit sa demeure ordinaire dans une de ses maisons de campagne appellée Prusian (Prusianus), et située sur les bords du Gardon dans le territoire de Nismes. La description qu'en fait Sidoine son allié, et la manière agréable avec laquelle il y fut reçu nous font également connoître la beauté de la situation de ce lieu et la politesse de Ferréol, avec celle des peuples de cette partie de la Narbonnoise qui n'étoit pas encore soûmise aux visigots.  Sidoine l'éprouva dans le voiage qu'il fit à Nismes pour y voir cet ancien préfet, et le senateur Apollinaire son parent. L'un et l'autre voulant avoir le plaisir de le loger et de le divertir, le menerent dans leurs maisons de campagne situées aux environs de cette ville :Chacun l'invita tour à tour durant sept jours ; Ferréol dans sa belle maison de Prusian, et Apollinaire dans celle de Voroangus, où ils tàcherent de l'amuser agréablement, tantôt par les jeux et la bonne chère, tantôt par la promenade et le plaisir du bain, et enfin par la lecture et la conversation; et cela avec tant de politesse et une si grande ouverture de coeur, que Sidoine fut charmé des témoignages de leur amitié et des soins qu'ils se donnèrent pour lui faire goûter tous les plaisirs de la campagne. » 

(Histoire Générale de Languedoc par Dom Vaissette)  

 

Vingt ans plus tard Sidoine citera pour la première fois la Septimanie avec nostalgie, cette dernière ne pouvait donc être que Gallo-Romaine et cette région comprenait bien Toulouse !!! Il y aura par la suite la Septimanie Wisigothe (jusqu'à la fin de la période Mérovingienne avec la première invasion Sarrasine vers l'an 720), plus restreinte, elle n’avait plus grand-chose à voir avec son fondement, tout comme notre moderne région Languedoc-Roussillon. Changer un nom pour un autre aussi incertain quant à ses origines n’apporte rien à l’authenticité du label de notre région.  

LA LIMITE FRONTALIERE

La limite frontalière

L'oppression sarrazine  qui pesait sur la population espagnole, entraîna des migrations   de  population importantes en Septimanie. Aussi, dès le VIIème siècle  a germé l'idée  d'assurer deux gouvernements bien distincts. Si la désignation   de Narbonne   et de Barcelone ne posait aucune difficulté, il    restait à délimiter les deux frontières.

Plutôt  que les Pyrénées,  le choix se porta sur la chaîne des  Corbières.   cette   organisation  voyait  donc  le jour dans le      courant   de l'année  815. Cette ligne de démarcation demeurera sans changement jusqu'au début du XIVème siécle.

Grâce à une  enquête effectuée en 1300,  nous  pouvons  connaître avec précision le tracé qui  servit  jadis  de séparation. Les  limites  passaient légèrement plus  au  sud  que  celles existantes actuellement avec le Roussillon :

- prenant  origine  au point  coté (Pc) 707 au massif de Montollieux,

- Pc 439, la Croix des Trois Seigneurs,

- Pc 406 à l'est de la combe  de Ramiol,

- Pc 419,

- Pc 318,

- Pc 123, anciennement "la Devèze",

- Source  de la Rigole  de Salses,  ou Font  d'Extramar,  au débouché sud  du Malpas  (alias"Pas de Salses"),

- chemin public  de Narbonne  à Perpignan (RN9),

- Grau St Ange (dit de Salses  ou de St Laurent).

Au demeurant, ce partage  arbitraire  ne troubla en aucune  manière  les minorités ethniques ainsi  rattachées au narbonnais. Cela entraîna  néanmoins la disparition de l'appellation de  lac  ou  étang  de  la Sordinière qui  devient désormais étang  de  Leucate ou  de  Salses selon  la position par rapport  à la limite.  En fait, cela  sonnait le glas de la communauté des "Sordons" qui vivait, en bonne  harmonie, sur le pourtour  du lac antique.

Cela  se  révéla  même,  pour  les  gens  de  Salses   et  Saint-Laurent, comme   un  vol,  une usurpation  du   patrimoine  roussillonnais  par  ceux   de   Fitou   et   de   Leucate.  Haine ancestrale qui  va se  perpétuer puisque  même  au  XVIIIème  siécle  des  rixes  sanglantes séviront  entre  Saint-Laurent et Leucate pour des emplacements de pêche.

En rouge l’ancienne limite, en rose celle actuelle, après révision.

e partage  arbitraire  provoquera  tardivement une  prise  de conscience des roussillonnais. C'est  ainsi  qu'au début du  XIVème  siècle,  Jacques  1er  roi  de  Majorque  va engager  un procès  devant  la Cour  de Justice  de Narbonne  en  vue de recouvrir  les  terres  qui  étaient siennes avant  865  ;  notamment le  promontoire de Leucate et  les  deux  châtellenies  de Fitou  et de Leucate. Deux enquêtes publiques précéderont la rectification de la frontière. 

Entamée aux environ  de 1300 cette procédure prendra encore  plusieurs années. C'est pour cela  qu'en  1322,  le roi de Majorque,  excédé,  fit occuper  par ses assujettis la rive nord  du grau  Saint  Ange.  Devant  une  telle provocation le  roi  de  France  se  devait  de  répondre. Philippe le Bel se borna  simplement à l'ouverture  d'une nouvelle information. C'est ainsi qu'un  compromis vit le jour en 1322.  Il portait  sur la définition de nouvelles limites  plus au nord :

- Point  côté (pc) 434, les croix des trois seigneurs,

- pc 243,

- pc 318,

- pc 245, col des Flûtes,

- pc 190, col des Arques,

- pc 128, Pech Redon,

- pc 52,

- ile de Vy (au milieu  de l'étang)

-      pc 2 (en face).

Ce même  tracé sera maintenu en 1790  par l'Assemblée Constituante, lors de la division  de la France  en départements. On pourrait  penser  "beaucoup de bruit, pour peu de choses  !".  De  même  se trouvait aliénée une partie importante de la forêt seigneuriale comprenant le Pech  Redon  (ou de la Garde) et le versant nord du Pech du Comté avec ses bois de hautes  futaies.

Il va s'en  dire  que  pour  les  "gavatxos" (ceux qui payent la gabelle), ainsi  nommés par les  roussillonnais, une certaine rancoeur  allait naître, tant à Fitou  qu'à Leucate. Malgré tout, ces deux places  fortes étaient conservées, prêtes  à  défendre le  territoire et  seront  d'ailleurs appelées à  jouer  un  rôle capital par la suite.

Le procès en révision de frontière

LES CONFLITS AVEC L'ESPAGNE

Les conflits avec l'Espagne

La campagne de 1503

En  1503,  le  roi  Louis   XII  avait  envoyé  une  armée  en  Languedoc sous  les  ordres  des maréchaux De Rieux et De  Gié. Le maréchal  De  Rieux  s'avança  donc  vers Narbonne  à la fin  du  mois  d'août  1503  dans  le  but d'entreprendre le  siège  de  Salses.  Il vint  camper  à Lapalme  et investit  la ville de Salses  le 10 septembre en effectuant le siège

Ferdinand  roi   d'Espagne  envoya   Frédéric   de  Tolède,  duc   d'Albe   qui   vint   camper   à Rivesaltes. Le roi Ferdinand accourut  lui-même à Perpignan avec son  armée.  Le maréchal De  Rieux, se voyant inférieur en nombre, prit le parti de lever le siège  et de se retirer.  Le Duc  d'Albe  harcela  son  arrière  garde  pendant plusieurs lieux.  Il assiégea  Leucate le  28 octobre  1503. La garnison qui n'était  pas en état de résister  fut obligée  de capituler.

Cette  conquête fut suivie  par celle  de Fitou,  Lapalme,  Sigean, Treilles, Roquefort et autres châteaux  bourgs et villages proches.

Les  "Ginets" d'Espagne mirent  le feu à Fitou  et à la plupart  de ces  lieux. Ils exercèrent partout  des  ravages affreux  et  se  constituèrent un  grand  butin.  La ville  de  Narbonne  fut seule  capable  de stopper  la course  des espagnols qui n'osèrent entreprendre davantage.

Les  rois  de  France  et  d'Espagne convinrent d'une  trêve  de  cinq  mois  prolongée ensuite pour  trois  ans, suivie  en  1505  d'un  traité  de paix. En  1508,  sous  le règne  de Louis  XII, le vicomté  de Narbonne  fut définitivement réuni au domaine royal.

La Trêve de 1536

En 1536  au cours  de la guerre  entre  François premier  et Charles  Quint,  ce dernier  tenta  de s'emparer  de la Provence  et du Languedoc, tandis  qu'il faisait attaquer  les frontières de cette province  vers le  Roussillon. Les espagnols se  séparèrent en  deux  armées.  L'une  entra  par Salses  et Fitou,  en faisant  de gros dégâts  jusqu'à Narbonne. L'autre  après avoir brûlé  Saint- Paul-de-Fenouillède se dirigea vers Carcassonne.           

Le Grand-Maître de Montmorency, gouverneur de la province  donna  de si bons  ordres  que  les  espagnols qui avaient  faits  une incursion sur  la  côte  furent  obligés  de  rembarquer et  que  ceux  qui  étaient entré  par les terres furent  repoussés avec perte.

Le roi François premier  et l'empereur Charles V négocièrent une  première  trêve à Leucate. Les négociations continuèrent aux Cabanes-de-Fitou où une trêve définitive fut signée  le 15 janvier  1536.  Le  Grand-Maître  de  Montmorency reçut  aux Cabanes-de-Fitou la charge  de Connétable.

Le dernier conflit 1634-1640

La trêve dura presque  un siècle.  Mais, en 1634, le Cardinal de Richelieu envisagea  de rendre à la France  les frontières dessinées par la nature  et de les rétablir  partout  où se trouvait l'ancienne Gaule (Les Pyrénées  et les Albères). Il déclara  donc  la guerre  à l'Espagne le 19 mai 1635.

Les espagnols possédaient le fort de Salses à l'entrée du Roussilllon, alors que la France de son côté occupait celui de Leucate. Ce dernier qui à cette époque était plus riche de gloire et de souvenirs que de remparts, canons ou défenseurs. Il évoquait à peine le souvenir des époques de gloire où les envoyés de Charles Quint et de François premier étalaient dans son enceinte, la splendeur de leurs premières entrevues poursuivies ensuite aux Cabanes-de-Fitou. De la défense héroïque de François de Cezelli, il était resté meurtri, démantelé, presque en ruine. Aussi les espagnols escomptaient prendre Leucate en six jours avant de se lancer à l'assaut de Narbonne.

Donc,  le 29 août 1637  les espagnols avancent  en deux colonnes. La première  commandée par Mortara vient  de Claira par la plage.  La seconde commandée par Serbellon, arrive de Salses  par le  "Malpas", avec  12000 fantassins, tambour  battant,  enseignes au  vent.  Cette dernière  prend  les cabanes  de Fitou,  le village de Fitou, son  château, puis Truilhas  et enfin Lapalme  qui malgré  ses murailles capitule dès la première  sommation. Attaqué le 20 août 1637, le château  de Roquefort résiste  deux jours jusqu'à épuisement de ses munitions.

Par  la  mer,  dont  elles  sont  maîtresses, les  galères   castillanes viennent  passer  le  cap Leucate et mouiller dans la baie de La Franqui  convoyant  barques  et brigantines d'où sera débarquée l'artillerie, comprenant 32 canons.

Leucate est  investie  le  2  septembre 1637.  Les  espagnols construisent deux  forts  sur  les hauteurs des environs. De Barri ayant rejeté les offres de reddition qui lui furent  faites  par Serbellon, le tir de l'artillerie commença.

Les  secours   s'organisèrent  du  côté   français.   Le  23  septembre  1637,   Halluin   reprend Lapalme,  puis les Cabanes  et le 28 au coucher du jour, le plateau  de Leucate est  attaqué par surprise.  Le lendemain les espagnols se retirent, laissant  de nombreux prisonniers. Les pertes espagnoles s'élèvent  à 3500 hommes.

Richelieu prescrivit  la  continuation de  la  lutte  et  la  prise  de  la  place  de  Salses.  Les préparatifs  finis, une armée commandée par Espenan arriva à Sigean le 8 juin 1639, puis le 9  à  Lapalme.  Pour  couvrir  l'armée  sur son  flanc  droit,  une  attaque  est  exécutée sur  le château  d'Opoul  qui capitule. Le 16 juillet  1639, c'est au tour de Salses  de se rendre.

Perpignan pris, le Cardinal de Richelieu donne  ordre de continuer la lutte par le Confluent et            la Cerdagne. Les mésententes dans le commandement français entraînent malheureusement des retards. Les espagnols ont le temps de préparer une contre-offensive qui oblige  l'armée  française  à la retraite.  Le château  de Salses,  maintenant occupé  par les français,   résiste   en  attendant  les  renforts.   L'Armée   de  secours   quitte   les  Cabanes  de Lapalme  et se dirige  vers Fitou.  Elle est forte de 22000  fantassins et 4000  cavaliers  répartis en trois brigades.

Après  Fitou,  le  gros  des  troupes  déborde  sur  la  droite  et  par les  collines marche  vers le château  de Salses.  Des  orages  incessants et un mauvais temps  effroyable  transforment cette marche  en déroute. Un nouveau  rassemblement de l'Armée  se fait aux Cabanes  de Lapalme le 31 octobre  1639.  Les premières  gardes occupent les "gypseries" de Fitou  au sud-ouest du village. Attaquant à nouveau  l'armée  espagnole à Salses,  les français  sont  encore  obligés  de se retirer poursuivis par l'ennemi en passant  par Fitou  et jusqu'aux  cabanes  de Lapalme.  Le 6 janvier 1640, Espanan  capitule au château  de Salses.

Le 4 décembre 1642  Richelieu meurt à l'âge de 57 ans. Mazarin, son successeur, poursuit  la politique commencée. La guerre se déroule  sur d'autres  frontières. Des négociations de paix définitives commencent à Paris et se poursuivent sur les bords de la Bidassoa,  dans l'île des Faisans. Le traité  des Pyrénées  y est signé  le 7 novembre 1659.  La cession du Roussillon et de la Cerdagne  est complète. La ligne  de faîte des Pyrénées  forme une frontière régulière et naturelle.

FITOU ET LA REVOLUTION FRANCAISE

Révolution française

Dans  la commune de Fitou  la Révolution et son évolution ont  été diversement accueillies. En général, les nouvelles venant  de Paris sur les principaux événements révolutionnaires, n'y ont  pas de grande  retentissements. Si les administrateurs comprennent les enjeux,  les communes et la masse  des habitants y sont  indifférents. Aussi, les mesures  prises  sur Paris demeurent  d'une   exécution  difficile.   Ce  n'est   en  aucun   cas  de  la  réticence  ou  de  la froidure, mais exclusivement une réelle  indifférence. En fait, on subit les événements. 

En 1789,  Jean Ayrolles  premier  Consul  et Jean-Charles Vidal sont  élus  comme  députés  du Tiers-Etat de  la communauté de  Fitou   pour  porter  le cahier de  doléances, plaintes et remontrances de ladite  communauté à l'assemblée de Limoux.  A cette  période,  la famille d'Aragon  avait déjà quitté  le village. Elisabeth et Isabelle s'étaient installées à Narbonne.

Malgré  tout,  les  sentiments de  civisme  de  la  population ont  été  affirmés  à  diverses reprises.  Ainsi,   le curé  Jean-François  Boulanger  prêta  serment  de  civisme   comme   en témoigne des extraits de procès-verbaux :

«  Aujourd'hui décadi brumaire, deuxième de la République, une et indivisible dans la maison commune de Fitou.....

Le sieur Antoine Vignon, maire a dit que conformément au décret de la convention nationale, tout fonctionnaire étant tenu d'être muni d'un certificat de civisme, il a été accordé un certificat de civisme à : Jean-François Boulanger, curé – Jean Crillet et Raymond Béziers, lieutenants des Douanes – Bernard Mas, Joseph Vassoul, Antoine Bazi et Pierre Roquefort, tous préposés des Douanes de la République en résidence dans cette commune – Jean Dhers et Jérôme Abélanet. »

« L'an 1792, l'an 4 de la liberté et de l'égalité, le 23 septembre.......

Jérôme Abélanet, maire dit que l'assemblée nationale a décrété que tous les fonctionnaires publics, les conseils généraux des communes, seront tenus de prêter serment et d'être fidèle à la nation et de maintenir de tout leur pouvoir la liberté et l'égalité et de mourir à leur poste. Tout français recevant traitement ou pension serait censé irrévocablement y renoncer, s'il ne justifiait pas dans la huitaine de la publication dudit décret, qu'il a prêté serment devant la municipalité du lieu de son domicile. Le maire a invité les susnommés à prêter ledit serment, après l'avoir prêté lui-même. Tous les autres l'ont porté individuellement et de suite le sieur Jean-François Boulanger, curé dudit lieu étant invité à prêter serment dans les mêmes termes du décret, duquel serment nous lui avons donné acte. »

D'autres  directives  étatiques furent  appliquées sur Fitou,  comme  par exemple  celle  de la "réquisition des   cuivres" : 

"aujourd'hui quatre Brumaire, 2ème de  la République Française...

En  conformité  avec  l'arrêté  du  département de  l'Aude...   il  est  ordonné de rassembler les  cuivres,  ouvrés  ou  non,  qui sont  dans  les  églises   ou  que  possèdent les citoyens,  leurs   administrés  ,  sauf  à  leur   laisser   pour   chaque   ménage  un  seau,   deux flambeaux,  une  lampe  appelée  "calel", deux chaudrons, leur déclarant  que les objets  remis devront  être pesés  et payés... ordonne aussi la descente des cloches à l'exception d'une  que les communes sont autorisées à garder".

Bien  qu'appliquées, ces  mesures  entraînaient systématiquement la  fraude.  De  fait,  les populations étaient influencées par  diverses  "craintes" ou  "menaces". L'exemple le  plus frappant  est  celui  de  la  peur  de  la disette   des  grains ;  de  nombreux achats  clandestins étaient faits , souvent  à des prix prohibitifs ; par ailleurs les grains  étaient cachés  dans des silos clandestins dissimulés dans les campagnes aux alentours des villages.

De  plus,  dès  1791  était  apparu  le  spectre  d'une  nouvelle guerre  avec l'Espagne et  le  23 septembre 1792 la Convention avait décrété  l'envoi  de Commissaires, pris en son sein,  pour se rendre dans les Pyrénées  en vue de préparer la "Défense Nationale".

C'est ainsi  qu'un Corps de Troupes  est organisé  dans ce secteur  avec des soldats  venant  de l'Aude,  du Tarn, du Roussillon et de l'Hérault.  Un comité  civil et militaire  est même  créé  à Narbonne  le 24 avril 1793.  Il doit assurer  le ravitaillement de l'Armée  qui vivra sur le Pays. Ce comité  est aussi chargé  de la logistique et de l'acheminement de ces troupes.  Le mauvais état des routes  oblige  ce Comité  à en améliorer  la viabilité.  Dès janvier 1793  la population de Fitou  est réquisitionnée pour aider aux travaux. Mais celle-ci refuse  d'obéir. Il faut que le Comité menace  les autorités municipales de représailles.

La guerre  sévissant  dans  le  Roussillon et  durant,  les  corps  de  troupes  connaîtront une augmentation sensible dès frimaire  pour porter  les effectifs  à 47800  hommes. Les fitounais durent  répondre à l'appel aux armes:

«  Aujourd'hui, 1er avril 1793.......

Après avoir exprimé la nécessité de voler à la défense de la Patrie et d'opposer une force respectable aux postes coalisés contre la liberté et l'indépendance nationale, le Conseil arrête de faire un fonds de la somme de 1500 livres à répartir sur les volontaires déjà inscrits et qui partiront pour la défense de la Patrie. Le citoyen Roch Benoit a offert de donner un assignat de 50 livres, ainsi que le citoyen Joseph Ayrolles. Et procédant à l'appel des volontaires :

-  Vic, Barthélémy, 20 ans

-  Murat, Jean-Pierre, 21 ans,

-   Boyer, Joseph, 22 ans

-   Saint-Martin, François, 17 ans

-   Crambes, Jean, 21 ans

-   Ayrolles, Antoine, 20 ans

-   Azeau, Pierre, 23 ans

-   Azeau, Louis, 54 ans

-   Miquel, Jean, 40 ans

-   Gely, François, 32 ans

-   Milhet, Guillaume, 22 ans

-   Auzoulat, Joseph, 28 ans

-   Martin, Louis, 17 ans

-   Deloupy, Antoine, 25 ans

-   Mailhac, François, 17 ans

-   Gely, Jérôme, 24 ans

-   Soucaille, Jean-Louis, 34 ans

-   Gely, Pierre, 20 ans

-   Belissent, Benoît, 30 ans

-   Balart, Louis-Nicolas, 34 ans

-   Fabre, Guillaume, 31 ans

-   Antoine, Louis, 19 ans

-   Civella, Batista, 17 ans

-   Gibaud, François, 23 ans

-   Abélanet, Joseph, Maître des Postes, sous-adjudant de la Légion de la Garde Nationale, 24 ans....

Et attendu qu'il nous a été attesté de leur civisme, nous les avons admis et reçus à servir en la qualité de volontaire à la charge  par eux de se présenter dans un délai de huitaine par devant le Directoire du district de Narbonne à l'effet d'y recevoir leur route pour être incorporé dans le 5ème Bataillon de l'Aude. »

DIRECTOIRE - CONSULAT - EMPIRE

Directoire-Consulat-Empire

A l'avènement du Directoire, au Consulat, à la proclamation de l'empire, Fitou  se rallie  à Napoléon  et,  lorsque  le 2  septembre  1808   le  sous-préfet  de  Narbonne   prévient   d'une incursion  sur  la  côte  est  à  craindre,  le conseil  municipal et  le  maire  Barrier  Fabien, décident l'achat de trente  fusils  pour armer les habitants et les mettre  en état de défense.

Les sentiments de la population sont affirmés par les fêtes du couronnement : 

« L'an 1812, le septième jour du mois de décembre, nous Gauffre Pierre, maire de la commune de Fitou, avons célébré hier la fête du couronnement de sa majesté l'empereur et roi avec toute la pompe qui nous a été possible et selon que les localités du lieu ont pu le permettre.

La fête fut annoncé la veille par le son des cloches. Le jour de la fête pour la célébrer d'une manière plus solennelle et plus conforme à nos sentiments religieux et à ceux de nos administrés. Nous nous sommes rendus à 10 heures du matin à la salle de la maison commune accompagné de notre adjoint, où se sont réunis les membres du Conseil municipal et la garde nationale sans les armes commandée par le capitaine. A dix heures et demi le cortège est parti de la maison commune et s'est rendu à l'église, pour assister à une messe solennelle, après laquelle le cortège s'est retiré dans le même ordre. A trois heures après midi, nous nous sommes réunis de nouveau de la même manière que le matin. A cette réunion s'étaient joints M. Le Principal employé au bureau des Douanes Impériales en poste à Fitou, ainsi qu'un détachement de préposés dudit poste. A trois heures et demi le cortège s'est rendu à l'église pour assister aux Vêpres et au Té Déeum qui a été précédé d'un discours véhément par lequel le ministre du culte a voulu ranimer en nous les sentiments d'amour, de respect d'admiration et de dévouement et de reconnaissance dont il est lui-même animé pour notre Auguste souverain  et la plus grande horreur pour tous les conspirateurs, quels qu'ils soient, surtout contre ceux qui viennent d'expier leur crime d'une manière exemplaire. Après la cérémonie, comme il était déjà nuit, nous nous somme rendus au lieu préposé pour le feu de joie que nous maire avons allumé aux cris mille fois répétés de « Vive l'empereur, vive l'impératrice, vive le Roi de Rome ». La fête s'est terminée par un bal gratuit. »

A la première abdication de Napoléon  1er,  son  départ  pour  l'île  d'Elbe et première Restauration, Fitou  se déclare pour le Roi Louis  XVIII :

« L'an 1814, dix-septième jour du mois d'avril, le Conseil municipal réuni par monsieur Gauffre Pierre, Maire, nous déclarons adhérer aux actes du Gouvernement provisoire et du Sénat, relatifs au rétablissement de Louis XVIII sur le trône de France. A 9 heures, le maire et son adjoint accompagnés des membres du Conseil municipal portant tous la cocarde blanche se sont rendus sur la place de la commune où le secrétaire a fait lecture de la proclamation relative au rappel au trône de France du Frère de Louis XVI, notre dernier roi ; des cris « vive le Roi Louis XVII » plusieurs fois réitérés ont fait connaître la joie du peuple de la commune. »

Ces  sentiments pour  Louis  XVIII  ne  durèrent pas,  et  au  retour  de  Napoléon de  l'ïle d'Elbe,  la commune prête  serment de  fidélité  à l'empereur : "L'an 1815,  28ème  jour  du mois  d'avril,  nous  Pierre  Gauffre, maire,  avons  réuni  le  Conseil   Municipal aux  fins  de prêter  serment de fidélité  à sa majesté  l'Empereur : " je jure obéissance aux constitutions de l'Empire  et fidélité  à l'Empereur".

LE SECOND EMPIRE ET LE IIIeme EMPIRE

Le second empire

Les  sentiments royalistes   de  Fitou  fléchirent lorsqu'  apparut  le  second   empire.  Dans  la séance  du Conseil municipal du 13 juin 1852 Antoine Gauffre, maire écrivait : "la commune de  Fitou  se  rallie  au  Prince  président à qui  elle  envoie  l'hommage de  son  respect  et  de toute  son admiration". 

Et dans  sa séance  du 16  janvier  1853,  Gauffre  Antoine en  tant  que  maire,  adresse  une motion  de félicitations et de voeux à sa majesté  Napoléon III.

La  guerre  de  1870  appela  les  jeunes  fitounais aux  armées.  A  la  chute  de  l'empire, la commune  devint  républicaine,  mais   après   des   années  de   prospérité,  le   village   allait connaître des crises financières redoutables.

LE XXeme SIECLE

Durant  la guerre  de 14/18,  nombreux furent  les enfants de Fitou  qui répondirent à l'appel de la Patrie. Sur la Somme, dans l'Aisne,  à Verdun, en Orient,  les fitounais furent  présents. Certains  plusieurs fois blessés. D'autres sans blessures, sans maladie,  et ce ne furent  pas les moins méritants accomplirent cinq années de tranchées, d'attaques,connurent les privations  et les souffrances. Vingt quatre payèrent  de leur vie le sacrifice  fait à la France. 

Un monument aux morts victimes  de la guerre  a été construit par Robert, entrepreneur à Lapalme,  pour  la somme de 10 500  Francs,  plus  2500  francs  pour  le cordon  de pierres  de taille servant à soutenir la grille de fer forgé, avec fourniture de la grille elle-même.

Une souscription faite en l'objet dans la commune avait produit 4500 francs.

Le  monument a été  inauguré le 1er  septembre 1922,  monsieur Saulières étant  maire,  en présence du Préfet, de deux députés  et d'une  grande  affluence. Michel Ayrolles  a prononcé le discours  d'inauguration.

En 1944 Fitou a connu l'occupation par les troupes allemandes. Ils y avaient installés des bunkers avec pièces d'artillerie sur la commune. Il apparait que c'était la Compagnie 8 du Bat. II / 991 qui était stationnée à Fitou. Il s'agissait d'une compagnie d'appui, équipée de 12 SMG (mitrailleuses lourdes) et de 5 mortiers de 81. On retrouve des vestiges d'un bunker à la sortie du village à gauche du chemin du Vigné, mais aussi un autre sur la colline de Pédros. Il y a aussi des vestiges sur la presqu'ile. En fait il n'y avait que des emplacements individuels pour les mortiers et SMG ( le bois de pins n'existait pas). Les habitants des lieux se rappellent que dans leur jeunesse, après la guerre, il s'amusaient dans ces trous qui étaient trés profonds, et trouvaient même parfois des "grenades à ailettes". Il devait s'agir d'obus de mortier d'exercice, car il n'y a eu aucun combat dans cette zone.

Canon de 155 mm C 17 abandonné par les troupes allemandes en retraite en aout 1944 sur la RN9 aux Cabanes du Fitou.

XXème siècle
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