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LES CONSCRITS

Encore des souvenirs d’enfance qui me ramènent dans les années soixante.

A cette époque, il y avait une tradition durant laquelle les jeunes gens de  la commune d’une même classe d’âge, se réunissaient et faisaient la fête, avant de partir à l'armée. En quelque sorte l'entrée dans le monde adulte. 

Les fêtes de conscrits variaient d'une région à une autre.

A Fitou, les jeunes accompagnés de leurs parrains (des anciens ayant fait leur service national) profitaient de la fête du village pour faire le tour du bourg en faisant l’aubade, maison par maison, accompagnés par un petit orchestre. Ils arrivaient devant une maison et faisaient jouer la musique choisie par les occupants s’instaurant eux-mêmes dans une chorale improvisée. Bien entendu, il s’en suivait une petite obole qui enrichissait petit à petit la «dame jeanne» qui servait de tirelire à nos joyeux drilles (argent qu’ils se partageaient à la fin ou qui servait à refaire la «java»). Il va s’en dire qu’au pays du vin, le petit coup de muscat, de blanc ou de rosé  maison s’imposait.

Cela commençait dans la matinée et finissait.... et bien quand c’était fini.

Au départ, nos  conscrits avaient tous un beau chapeau bien droit sur la tête, souvent en paille avec cocarde ou ruban bleu et rouge, et le ton était dans les normes.... Chemin faisant, au fur et à mesure que le cortège progressait  et que les verres s’accumulaient l’ambiance montait et le chapeau lui descendait sur le côté. Et chose, très méridionale le cortège grossissait.

Nous habitions au milieu du village, autant dire que ça braillait déjà fort d’autant que les «amis» des conscrits se faisaient de plus en plus nombreux en arrivant au 56.

Pour mes 13 ans, j’eu enfin quartier libre et autorisation de me joindre à mes glorieux et avinés ainés. Et ce qui devait arriver arriva, une petit muscat pas là, un autre là, un rosé, un blanc.... après je ne sais plus... 

Si, le réveil, ça je m’en souvient : « dans un lit «bateau» à fort tangage mais dans ma chambre... trois jours malade, et ma première cuite. » 

Autant, vous dire que je n’ai plus jamais  eu de feu vert par la suite.... ni l’envie, il faut dire.

Cette tradition s’est perdue avec la fin du service national, et même un peu avant sur Fitou, pourtant c’était un moment de cohésion très fort au delà de tous les clivages.

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